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الخميس، 16 جويلية 2026

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Au Mali, revirement sans conviction de Assimi Goïta

Au Mali, revirement sans conviction de Assimi Goïta


Abed Charef

 

A défaut d’être stratège, Assimi Goïta tente de jouer au tacticien. Finis les grands projets et les grandes ambitions. L’homme fort du pouvoir malien tente désormais de s’adapter à une situation défavorable, de manœuvrer, de trouver des combines pour sauver ce qui peut l’être de son pouvoir.

Arrivé au sommet de l’état avec les certitudes des militaires en milieu de carrière, ceux qui pensent que les baïonnettes et les chars constituent des réponses adaptées à toutes les situations, l’homme semble avoir pris la mesure de son impuissance. Aujourd’hui, il est contraint de ravaler son orgueil, de réduire sérieusement ses ambitions et de revoir complètement ses projets.

Il faut rappeler ce qu’a été Assimi Goïta à ses débuts. Il promettait de mettre fin à un ordre vieillissant et dépassé, de lancer le Mali sur une nouvelle trajectoire, en fait de mettre tout le Sahel sur orbite; il projetait d’éliminer tous les sécessionnistes, il narguait la France, recherchait de nouvelles alliances, il faisait appel aux Russes et finissait par provoquer ouvertement l’Algérie.

La création de l’Alliance des États du Sahel (AES) semblait donner de la consistance au projet. Voilà enfin un ensemble régional qui promettait de sortir de l’ordre néo-colonial incarné par la CEDEAO, et de permettre aux pays du Sahel de parler de la même voix et de chercher des solutions en dehors des pistes imposées par la Françafrique.

 

Impuissance

Le discours était séduisant. Il réveillait une fibre nationaliste, suscitait de l’émotion, et même un peu d’espoir. Le tout semblait sérieux, cohérent, consistant.

Mais M. Goïta niait le réel. Il ne s’appuyait sur rien de concret. Et, surtout, il détruisait le début de confiance qui avait commencé à apparaître au plan interne et régional sur la possibilité d’atteindre un double objectif, le seul viable aujourd’hui pour le Sahel : contenir les poussées jihadiste et sécessionniste d’un côté, et de l’autre côté, construire quelque chose de sérieux dans la région, de viable, sur le plan politique et économique.

L’AES se voulait un nouveau pôle politique dans la région. Mais la réalité est cruelle pour le Sahel: l’alliance de trois impuissances ne fait pas une puissance. Et l’AES, malgré les bonnes intentions affichées, n’avait pas les moyens politiques, économiques, financiers et militaires requis pour changer les choses.

 

Revirement de circonstance

Quand les groupes armés ont organisé un blocus sur le carburant destiné à Bamako, le 28 avril dernier, et lancé des opérations d’envergure contre les principales villes du pays, toute la fragilité du Mali est apparue. Signe de l’impuissance de l’armée malienne, le ministre de la défense lui-même, Sadio Camara, a été tué dans l’attaque.

Assimi Goïta a alors mesuré son impuissance, et compris le danger de l’impasse dans laquelle il se trouvait. Il ne pouvait tenir avec le seul appui d’une force russe limitée, en affrontant à la fois les jihadistes et les mouvement azaoueds, tout en affichant une hostilité déclarée à l’Algérie, seul pays voisin en mesure d’apporter un soutien réel.

Aujourd’hui, il entame donc un virage, pour renouer avec l’Algérie. Il y met la forme, mais ses prises de position antérieures montrent clairement qu’il le fait sans conviction. Juste par calcul.

C’est un parcours déjà effectué par de nombreux dirigeants maliens dans le passé: quand les vents sont défavorables, ils lâchent du lest, font des concessions, acceptent de négocier et signent même des accords. Mais dès que la situation s’améliore, ils oublient leurs promesses et leurs engagements.

Pour Assimi Goïta, c’est encore plus sérieux. Il a été loin dans l’hostilité à l’Algérie: des déclarations hostiles répétées, une provocation directe par le biais d’un drone envoyé dans l’espace aérien algérien, une prise de position publique en faveur du Maroc dans le conflit du Sahara Occidental.

Quel crédit lui accorder désormais? Aucun, probablement. Les diplomates algériens, rompus à ce type de situation, ne s’y trompent guère. Ils acceptent la main tendue, mais sans illusions. En espérant que les manoeuvres de Assimi Goïta ne vont pas hypothéquer les chances d’une solution réelle du problème malien.

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