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أخبار
2026-08-23

Par Ahmed Abdelkrim
Il fallait en faire une légende. On en a finalement fait un non-événement.
Pendant des mois, Boualem Sansal aura été présenté comme bien davantage qu'un écrivain : un « symbole », un dissident, une victime, une conscience, « un héros de la liberté ». Une figure presque providentielle pour une certaine droite française en quête de martyrs, de combats culturels et de nouveaux porte-drapeaux.
Il fallait le montrer.
Il fallait l'inviter.
Il fallait l'écouter.
Il fallait raconter son histoire.
Et surtout, il fallait acheter son livre.
Le problème, c'est qu'après avoir retiré les projecteurs, les plateaux de télévision et les grandes opérations de communication, il reste une chose que personne ne peut manipuler aussi facilement : le lecteur.
Et le lecteur, lui, semble avoir été beaucoup moins impressionné. Un échec, un flop monumental.
150 000 exemplaires pour fabriquer un phénomène
La Légende, publié chez Grasset, devait être un événement.
150 000 exemplaires tirés initialement.
Un à-valoir d'un million d'euros accordé à Sansal, selon Le Monde.
Une campagne promotionnelle évaluée à près de 500 000 euros.
Des pages de publicité.
Une présence massive dans les médias du groupe Bolloré.
Une implantation particulièrement importante dans le réseau Relay.
Bref : l'artillerie lourde.
Et pour quel résultat ?
Au 20 août 2026, environ 48 000 exemplaires vendus en France, selon NielsenIQ BookData. Pour un ouvrage présenté comme un « événement majeur », porté par une campagne exceptionnelle et associé à un investissement financier hors norme, la question est légitime :
où est donc passé le phénomène annoncé ?
Le battage était gigantesque.
Le résultat est beaucoup plus réaliste : … un désastre.
Quand la communication rencontre la réalité
Il y a quelque chose de presque cruel dans cette histoire.
On avait fabriqué une légende avant même que les lecteurs aient décidé d'en faire une.
Le titre du livre était déjà un programme : La Légende.
Mais une légende ne se décrète pas.
Elle ne s'achète pas à coups de millions.
Elle ne se fabrique pas dans les studios de télévision.
Elle ne naît pas d'une journée entière de promotion.
Et elle ne survit pas éternellement grâce à une armée de chroniqueurs.
Une légende littéraire est fabriquée par le temps.
Pas par la communication.
Sansal, écrivain ou produit de la « bataille culturelle » ?
C'est ici que le véritable sujet commence.
Le problème Sansal n'est plus seulement littéraire.
Il est politique.
Le Monde a décrit son arrivée chez Grasset comme une véritable « prise de guerre » dans la bataille culturelle qui traverse actuellement la scène politique française.
Et c'est probablement l'une des meilleures façons de comprendre l'imposture Sansal.
Certains n'ont pas seulement acheté un écrivain.
Ils ont acheté une erreur de casting.
Un écrivain algérien devenu « critique » de son pays, cela vend bien.
Un homme emprisonné par le pouvoir algérien, une pauvre victime.
Une personnalité dont les prises de position sont devenues de plus en plus proches des obsessions de la droite identitaire française.
Autrement dit : un personnage parfaitement compatible avec une stratégie politique et médiatique.
De la pure instrumentalisation.
Son histoire personnelle, cette position de victimisation, est devenue extraordinairement utile à ceux qui avaient besoin d'un nouveau symbole dans leur combat idéologique.
L'homme avant le livre
Voilà peut-être la plus grande faiblesse de l'opération.
Avant même de parler de littérature, on parlait de Sansal.
De sa prison.
De ses déclarations.
De l'Algérie.
De ses rapports avec le pouvoir.
De ses ennemis.
De ses défenseurs.
De ses prises de position.
De sa supposée résistance.
Le livre est arrivé dans un environnement où l'auteur était devenu le produit principal.
La littérature n'était plus qu'un support.
Et lorsqu'un écrivain devient plus intéressant que ce qu'il écrit, il faut commencer à se demander si l'on est encore dans la littérature ou déjà dans la communication politique.
Une œuvre surestimée ?
Il existe un étrange phénomène autour de Sansal : on parle énormément de son « courage », beaucoup de son parcours, beaucoup de « ses combats », mais beaucoup moins de la qualité intrinsèque de son écriture. C'est précisément là que le mythe devient fragile.
Son écriture est directe, brutale, médiocre, souvent démonstrative. Ses romans sont traversés par les mêmes obsessions : l'Algérie, la violence, le pouvoir, l'islamisme, la mémoire, la religion, la liberté, les fractures historiques.
Ses admirateurs y voient une écriture engagée. Quel mensonge ! De la poudre aux yeux !
Ses nombreux détracteurs y voient quelque chose de beaucoup plus pauvre : une littérature de message, une littérature de thèse, une littérature qui explique plus qu'elle ne suggère. Un écrivain raté, un style brouillon, plein de haine et de préjugés.
Le reproche est simple : chez Sansal, l'idée semble parfois précéder le roman.
Le personnage sert le discours.
La polémique nourrit le récit.
Et la phrase cherche parfois davantage à produire un effet qu'à construire une véritable profondeur littéraire.
Le Monde des livres lui-même, à propos de La Légende, parle d'un récit « engagé et parfois confus » et souligne que certaines pages ressemblent à des divagations, tandis que la signification du titre devient progressivement nébuleuse.
Ce n'est donc pas une invention de ses adversaires.
Même la presse littéraire qui lui est favorable reconnaît les faiblesses du texte. Les masques finissent toujours par tomber.
Le paradoxe de l'imposture
Le constat est là : une imposture littéraire.
Il ne signifie pas que Boualem Sansal n'aurait jamais écrit de livres.
La question est plutôt de savoir ce qu’il en resterait sans les projecteurs, sans la surmédiatisation, sans cette mise en scène permanente de la victimisation, constamment ressassée pour entretenir sa visibilité et maintenir son personnage dans l’espace public.
Car sans bruit, sans agitation et sans la puissance des projecteurs, l’eau finit toujours par suivre la pente et glisser silencieusement le long de la colline.
L'imposture dénoncée serait plutôt celle d'une surévaluation du personnage par rapport à l'œuvre.
On a transformé un écrivain en symbole.
Puis le symbole en produit médiatique.
Puis le produit médiatique en événement politique.
Et enfin l'événement politique en événement littéraire.
C'est l'ordre qui pose problème.
La littérature aurait dû venir en premier.
Elle est arrivée en dernier.
Le petit homme qui fait beaucoup de bruit
Il y a quelque chose de profondément révélateur dans cette trajectoire.
Un homme peut passer toute une vie à chercher la reconnaissance.
Puis, soudain, il devient utile à une machine qui a besoin de lui.
Il change alors d'échelle.
Il n'est plus seulement Boualem Sansal.
Il devient « Sansal ».
Une marque.
Un symbole.
Un visage.
Une bannière.
Un homme dont chaque déclaration devient une actualité, alors qu’au fond ce n’est qu’une boîte vide qui résonne…
Chaque polémique devient une publicité.
Chaque attaque devient une preuve de courage.
Chaque critique devient une attaque contre la liberté.
Et c'est ainsi que naissent certains personnages médiatiques : ils finissent par être protégés par le récit qui les entoure.
Le récit de « souffrance » et les larmes de crocodile ne donnent pas du talent.
La prison ne donne pas du génie.
La manipulation médiatique ne transforme pas une phrase banale en grande littérature.
Et le statut de victime ne devrait jamais devenir un passe-droit esthétique.
À qui Boualem Sansal parle-t-il désormais, et pour qui son personnage est-il devenu si utile ?
Sansal : le spectacle de sa récupération et de la manipulation. Un petit pion entre les mains de ses maîtres.
Un écrivain qui devient une arme dans une bataille politique finit forcément par perdre quelque chose : la liberté d'être simplement écrivain.
Et lorsque la politique vous transforme en symbole, elle vous condamne aussi à être consommé comme un symbole.
Le verdict des lecteurs
Il restera finalement une donnée que ni Sansal, ni Grasset, ni Bolloré, ni les chaînes de télévision ne peuvent entièrement contrôler.
Les ventes.
150 000 exemplaires tirés.
48 000 vendus en France au 20 août.
Ce résultat relativise brutalement le récit du « grand événement littéraire ».
La montagne médiatique a accouché d'un résultat commercial désastreux et ce n’est que le début.
Et c'est peut-être la meilleure réponse à donner à ceux qui avaient décidé, avant les lecteurs, que Boualem Sansal était devenu incontournable.
Après la lumière, l'oubli ?
C'est maintenant que commence la partie la plus intéressante.
Lorsque les caméras auront cessé de tourner.
Lorsque les chroniqueurs auront trouvé une autre polémique.
Lorsque la bataille culturelle aura changé de héros.
Lorsque les campagnes publicitaires auront disparu.
Lorsque les plateaux auront cessé de recevoir Sansal.
Il restera une bibliothèque.
Et dans cette bibliothèque, il faudra distinguer l'homme, ce « symbole médiatique » et l'écrivain.
C'est là que la véritable sélection commencera.
Le temps accomplira ce que la communication n'a jamais réussi à empêcher :
Ramener le personnage à la dimension réelle de son œuvre.
Car un petit écrivain peut devenir un « grand personnage » médiatique.
Un homme ordinaire peut devenir un symbole pour certains opportunistes.
Mais aucune campagne de communication ne peut garantir la postérité.
Et c'est précisément là que l'imposture finira par être révélée.
La littérature n'a pas besoin de légendes fabriquées. Elle a besoin de livres capables de survivre à ceux qui les ont vendus.
Et cette fois, ce ne sont ni les plateaux de télévision ni les propriétaires de médias qui auront le dernier mot.
Ce sera le temps.
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