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الخميس، 3 سبتمبر 2026

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L’Algérie revendique et assume son statut de puissance régionale

L’Algérie revendique et assume son statut de puissance régionale

 

Abed Charef

 

Quinze ans après le désastre libyen, l’Algérie s’est engagée dans l’application d’une nouvelle doctrine militaire, plus conforme au statut de puissance régionale auquel elle aspire, et plus adaptée au monde moderne.

Officiellement, l’Algérie a annoncé le 30 août 2026 avoir dépêché au Niger une formation aérienne composée de quatre bombardiers Sukhoï 30, un avion ravitailleur et un autre de transport. Au début du même mois, quatre hélicoptères avaient été offerts au Niger, le tout représentant une force militaire dont les experts militaires évalueront la cohérence et la puissance de feu. Le site Menadefense a consacré une longue analyse à ce sujet.

Cette décision d’envoyer des troupes à l’étranger, la première depuis 1973, répondait à un pari à la fois nécessaire, audacieux et risqué. Nécessaire car le concept de défense nationale, de souveraineté, de frontière même, a profondément évolué. Protéger la souveraineté et la sécurité du pays ne signifie plus se cantonner dans ses propres frontières, en dénonçant la présence de troupes étrangères et les interventions extérieures.

La crise libyenne avait été le révélateur de cette mutation: l’OTAN avait attaqué la Libye et, par un dévastateur effet domino, c’est tout le Sahel qui s’est embrasé, avec un effet ravageur sur l’Algérie. Alors que sa sécurité était menacée, l’Algérie n’était pas intervenue en Libye. Sa doctrine de défense le lui interdisait. Mais, surtout, elle n’en avait pas les moyens politiques et militaires, alors que des pays lointains, du Qatar à Israël, se pressaient pour participer à la curée en Libye.

La suite a été désastreuse. Les groupes djihadistes et de contrebande pullulaient au Sahel, menant des incursions jusqu’en Algérie et déstabilisant les pays de la région; des agents consulaires algériens étaient enlevés et détenus en otages au Mali, et l’Algérie réduite à une forme d’impuissance; de larges pans de territoires au Sahel échappaient au contrôle des États, dans le voisinage immédiat de l’Algérie; des acteurs extérieurs, étatiques ou non, profitaient de cette confusion pour tenter d’influer sur la région.

 

Adapter les moyens à la doctrine

Faire face à cette nouvelle donne imposait un changement de matrice sur quatre volets majeurs: faire évoluer la doctrine de défense, jeter les bases juridiques de la nouvelle matrice de sécurité, équiper le pays des moyens adéquats pour atteindre les objectifs fixés, et doter le pays d’une industrie militaire à minima pour répondre à d’éventuels coups durs.

Ce faisant, l’Algérie devait passer d’un statut à un autre; de celui d’un pays qui s’arc-boute à ses frontières, à celui d’un pays capable de protéger ces frontières en anticipant les menaces pouvant résulter d’événements externes, comme la déstabilisation d’un pays voisin; passer d’un pays soucieux d’assurer l’inviolabilité de son propre territoire à celui d’un pays en mesure de maîtriser l’environnement externe susceptible d’influer sur la sécurité interne. Ceci au moment où la France, régulateur traditionnel de la vie politique en Afrique du nord et de l’Ouest, était progressivement poussée vers la sortie, alors que des acteurs nouveaux, la Chine, la Turquie, la Russie, les Etats-Unis, et des sous-traitants, comme les émirats et le Maroc, cherchaient à s’y installer.

Dans cette mutation, les séquences ont été inversées. C’est l’effort militaire au sens strict qui a été engagé en premier durant la précédente décennie. Des investissements massifs en équipement ont été engagés, et des efforts de formation ont été menés en parallèle pour assurer la maîtrise des nouveaux matériels. Cela a d’ailleurs suscité certaines critiques sur un budget militaire supposé disproportionné.

Un changement d’une telle ampleur ne pouvait donner de résultats probants qu’au bout de longues années, peut-être une décennie ou plus. Ce n’est que lorsque le gros de l’effort a été engagé que le changement doctrinal a été officiellement validé, avec la constitution de 2020, dont l’article 91 ouvrait la possibilité à l’ANP d’opérer en territoire étranger. Il était du reste inutile de s’engager dans une nouvelle doctrine tant que le pays n’en avait pas les moyens.

 

Prendre des risques et les assumer

Aujourd’hui que la décision a été prise et qu’elle connaît une première mise en œuvre, il s’agit d’en assurer la bonne exécution, pour en assurer le succès et réduire les risques.

Sur un plan strictement militaire, planifier des opérations, assurer leur bonne exécution, veiller à la sécurité du personnel et d’un matériel particulièrement coûteux, assurer la logistique, relève d’une autorité technique interne à la machine militaire.

C’est sur le terrain politique que les choses se compliquent. Un premier accroc est apparu avec la décision d’envoyer des forces militaires à l’étranger sans l’aval explicite du parlement. Selon l’article 91 de la constitution, une telle décision doit être avalisée par un vote des deux tiers des membres de chaque assemblée parlementaire, ce qui n’a pas été le cas. L’obstacle sera vraisemblablement contourné en arguant l’urgence. Les parlementaires étant en vacances, l’ordonnance pourrait leur être soumise dès la rentrée parlementaire.

Mais ceci relève du formalisme constitutionnel et juridique, qui peut être aisément géré. Ce qui est différent des implications politiques et des risques qu’une telle décision peut induire.

Le pays a pris des risques. Il faut les assumer. Jusqu’au bout. Y compris en tenant compte de provocations potentielles, comme celles menées par de faux mouvements djihadistes, par exemple. C’est une donnée qui fait partie du jeu.

Mais l’essentiel est ailleurs: l’Algérie a besoin de dire aujourd’hui que sa sécurité commence désormais dans des contrées lointaines, au Sahel et en Méditerranée par exemple. Qu’il n’est plus question de suivre, impuissants, des événements susceptibles d’avoir des retombées sur la sécurité du pays.

 

Assumer son statut

Dire aussi que l’Algérie revendique et assume désormais son statut de puissance régionale. Aussi bien en matière sécuritaire que sur le plan du développement.

L’Algérie a un PIB quatre fois supérieur à celui des pays de l’AES réunis. Elle a des capacités de projection militaires sans commune mesure avec celui de ses voisins du sud. Elle a acquis, dans la douleur, une maîtrise certaine de la lutte antiterroriste.

Tout ceci peut être valorisé avec les voisins du sud. Avec le Niger, c’est déjà le cas. En plus du gazoduc devant reliant le Nigeria à l’Algérie en passant par le Niger, largement financé par l’Algérie, Sonatrach est déjà très engagé dans la recherche et l’exploration. Les grandes infrastructures envisagées dans le grand sud auront, en outre, un impact direct sur les pays enclavés du Sahel.

Le Mali, maladroitement engagé dans un bras de fer inutile avec l’Algérie, semble avoir pris la mesure de la puérilité de cette attitude.

La sécurité dans la région sera collective, ou ne sera pas. En tout état de cause, elle ne peut pas être assurée sans la principale puissance économique et militaire de la région. Bamako semble en avoir pris conscience, et s’est engagé dans un virage remarqué.

Il était temps. Car c’est la seule option raisonnable quand on envisage l’avenir de la région à moyen et long termes: vers le milieu du siècle, les pays de l’AES compteront autour de 100 millions d’habitants, probablement un peu plus de la moitié pour l’Algérie. Mais en termes de PIB par habitant, l’écart va se creuser davantage. Ce qui signifie clairement que la prospérité des pays du Sahel passe par une coopération renforcée avec l’Algérie, et que la sécurité de l’Algérie passe par le développement et la stabilité au Sahel.

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