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الجمعة، 22 ماي 2026

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L’Algérie à l’abris de l’instabilité du Golfe

L’Algérie à l’abris de l’instabilité du Golfe


Geoff Porter, spécialiste américain de l’Algérie depuis plus de vingt ans, analyse dans cet entretien avec Al Hirak Al Ikhbari les opportunités énergétiques et les risques géopolitiques pour les investisseurs étrangers potentiels. 



Question: imaginons que je sois un

 investisseur étranger et que je vous interroge sur votre évaluation et votre point de vue concernant l’économie algérienne. Me recommanderiez vous d’y investir? Quels sont les secteurs prometteurs? 


Réponse: il y a quelques années, un investisseur algérien m’a dit que si vous recherchez des gains rapides et modestes, l’Algérie n’est pas faite pour vous. En revanche, si l’on vise des gains stratégiques importants et durables, l’Algérie représente une excellente destination d’investissement. Investir est exigeant: les procédures sont nombreuses et l’environnement réglementaire complexe, mais ces difficultés sont largement compensées par le potentiel de gain en Algérie. 

De plus, ces exigences élevées dissuadent les investisseurs peu sérieux et constituent un filtre garantissant l’engagement des investisseurs présents en Algérie. 


Bien entendu, le principal atout de l’Algérie réside dans ses ressources pétrolières et gazières. Le pays en possède d’abondantes quantités et dispose d’un cadre réglementaire établi pour les investisseurs étrangers. Outre le pétrole et le gaz, plusieurs autres secteurs présentent un fort potentiel, tels que les biens de consommation courante, l’industrie pharmaceutique et les dispositifs médicaux, l’agriculture, ainsi que l’assemblage et la fabrication de composants automobiles. 


Question: la guerre au Moyen Orient, le blocus d’Ormuz et la réduction drastique des exportations de gaz de cette région ont mis l’Algérie sous pression en tant que fournisseur fiable de gaz pour l’Europe. Plusieurs chefs d’État se rendent en Algérie pour obtenir plus de gaz. Quel est votre avis sur cet état de fait et quelles sont les options de l’Algérie pour exporter plus et sécuriser plus de revenus?


Réponse: L'instabilité dans le Golfe persique a incité les compagnies énergétiques internationales et les consommateurs européens d'énergie à reconsidérer l'Algérie comme un fournisseur fiable. 

Or, la réalité est que l'Algérie ne dispose pas de volumes supplémentaires de gaz ou de pétrole à exporter à court terme. Elle exporte déjà le maximum possible. Néanmoins, l'important n'est pas de savoir si l'Algérie est un producteur d'appoint ou non, mais qu'elle est un partenaire fiable : l'Algérie est à l'abri de l'instabilité du Golfe, sa politique étrangère neutre ne l'implique pas dans le conflit actuel, et elle est proche de ses clients européens sans être exposée à des points de passage stratégiques.

Il n'y a aucun risque de rupture des contrats d'approvisionnement de l'Algérie. Dans le contexte actuel, c'est un point crucial.

À moyen et long terme, l'Algérie encourage activement les investissements des compagnies énergétiques internationales, notamment par le biais d'accords bilatéraux et d'appels d'offres formels pour l'octroi de licences. L'Algérie suscite un intérêt international sans précédent pour ses ressources pétrolières et gazières. Il faudra plusieurs années pour mettre en service les nouveaux volumes, mais on s'attend à ce que l'Algérie consolide sa position de fournisseur européen fiable de pétrole et de gaz. 


Question: C’est quoi votre point de vue sur les dernières négociations qui ont eu lieu à Washington sur la question du Sahara occidental?


Réponse: L’administration Trump ne respecte plus les pratiques conventionnelles en matière de politique étrangère et les mécanismes de débat et d’élaboration de cette politique à Washington ont été totalement contournés. La marginalisation des institutions historiques de politique étrangère à Washington a pour conséquence qu’il est extrêmement difficile d’anticiper les actions de l’administration.

 La prise de décision est concentrée entre les mains d’un cercle restreint d’amis et de proches du président Trump, ainsi que de leurs confidents et associés. De plus, il n’est pas tout à fait certain que la politique étrangère soit élaborée dans le but de défendre les intérêts nationaux des États-Unis, mais plutôt de préserver les intérêts financiers personnels du président Trump et de ses associés.

Le dossier du Sahara occidental ne fait pas exception : il est géré par le beau-père de la fille de Trump, ainsi que par d’autres amis du président dépourvus d’expérience diplomatique et d’expertise sur le sujet.


Question: Vous êtes un des rares analystes occidentaux à bien connaître l'Algérie, presque 2 séjours par an depuis plus de 20 ans. Dites nous un mot sur votre expérience personnelle de ce pays?


Réponse: Lors de mon dernier séjour à Alger, je suis sorti d'une réunion à Ben Aknoun pour découvrir que mon chauffeur avait dû s'absenter pour une urgence familiale. Ma réunion suivante avait lieu à El Biar, à plusieurs kilomètres de là. Il pleuvait des cordes. 

Tous les taxis étaient pleins, alors j'ai commencé à marcher sous une pluie battante. Après un peu plus d'un kilomètre, une voiture s'est arrêtée – pas un taxi, juste un homme.

 Il m'a dit de monter – il n'allait pas jusqu'à El Biar, mais il pouvait me déposer plus près. Un simple service rendu par cette journée pluvieuse à Alger.

 Et je suis arrivé à ma réunion suivante à l'heure et relativement au sec. 

Pour moi, cela résume bien l'Algérie : la vie peut être difficile et des imprévus peuvent survenir et perturber vos plans, mais en même temps, les Algériens s'entraident et prennent le relais là où les structures traditionnelles font défaut ou sont absentes.


Entretien réalisé par Lamine Chikhi

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