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أخبار
2026-06-17

Abed Charef
L’impuissance américaine, la résilience iranienne, la folie criminelle israélienne, la perversion de la pensée occidentale : c’est ce que le monde retiendra de la double agression américano-israélienne contre l’Iran, au moment où, à la mi-juin 2026, il est question d’un protocole d’accord supposé mettre fin au conflit.
Pourquoi autant de prudence pour admettre que la guerre est finie, alors qu’un accord prévoyant des mesures précises a été annoncé, et que de longues négociations sont envisagées pour revenir probablement à un accord largement similaire à celui de 2015 ?
En raison, d’abord, de la perversion de la pensée occidentale précisément. Quelques rappels suffisent pour appuyer une affirmation aussi tranchée. Le droit international ne compte plus pour les occidentaux: les Etats-Unis et Israël ont lancé une guerre totalement illégale, et aucune puissance occidentale n’a condamné.
En outre, l’accord de 2015 a été scrupuleusement respecté par l’Iran, mais les Etats-Unis l’avaient renié, sans que leurs autres partenaires occidentaux ne lèvent le petit doigt. Pire: en 2026, aussitôt après l’agression américano-israélienne du 28 février contre l’Iran, Grande Bretagne, France et Allemagne ont publiquement accusé l’Iran! Conséquence: la parole américaine, et occidentale de manière générale, n’a plus de valeur.
Un autre fait confirme la perte de crédibilité de la parole américaine. En 2025, alors que des négociations étaient en cours à Oman, les Etats-Unis et Israël avaient lancé leur première agression contre l’Iran. Un coup de poignard dans le dos de l’Iran et du pays hôte, un acte contraire à toutes les traditions diplomatiques.
Pensée suprématiste
Cette perte de repère de l’Occident s’appuie sur une pensée de type coloniale, suprématiste, qui s’exprime publiquement. De manière vulgaire, sans honte ni limites, chez Donald Trump et au sein de certains courants politiques; de manière insidieuse, policée, chez d’autres courants au pouvoir dans les pays occidentaux.
C’est tellement évident que dans le monde politique et médiatique occidental, cette pensée est dominante, quotidienne, banale, mais personne ne s’en offusque.
Hier, ce monde dit civilisé pensait que le colon avait naturellement plus de droits que le noir, l’arabe, le musulman, le jaune, qu’il était naturel que l’alsacien, le wallon, le bavarois s’installe en Afrique ou en Asie et dépouille l’indigène de sa terre et de ses biens. Cela faisait partie de l’ordre naturel des choses.
Aujourd’hui, ce même monde pense que le britannique, l’israélien, le français, a naturellement le droit de posséder l’arme atomique, que c’est un privilège qui lui est réservé, mais pas l’Iran, ni aucun pays arabe. Difficile de faire mieux en matière de pensée suprématiste dans un monde qui se prétend démocratique, moderne, mais qui accorde certains droits aux uns mais pas aux autres.
Impuissance américaine
Mais la pensée suprématiste ne signifie pas qu’un pays peut de fait imposer sa suprématie de manière absolue. Dans cette guerre contre l’Iran, c’est plutôt l’inverse qui s’est confirmé: l’impuissance américaine. Les Etats-Unis ont eu beau envoyer trois porte-avions, s’appuyer sur le réseau de bases militaires le plus dense du monde, compter sur la participation totale de l’armée israélienne, utiliser un large réseau logistique en Europe et en Asie, exploiter l’impuissance des pays arabes du Golfe, ils n’ont pas réussi à défaire l’Iran.
Ceci confirme une évidence que seule une perversion prononcée de la pensée occidentale a occulté jusque-là: les bombes, les armes, les porte-avions, les bombardements peuvent détruire un pays, tuer des millions de personnes, raser des villes, appauvrir des populations entières, mais ils ne peuvent détruire une volonté politique, une idée, encore moins construire quoi que ce soit de viable.
Il ne suffit pas de tuer les dirigeants d’un pays, de saturer l’espace médiatique, de croire à sa propre propagande pour gagner une guerre. D’autres paramètres entrent en ligne de compte, en premier lieu l’aptitude de l’autre et sa préparation.
Forza Iran
Et sur ce terrain, un consensus se dégage: l’Iran a fait preuve d’une préparation et d’une résilience inouïes. L’Iran a montré un visage que personne ne soupçonnait. Téhéran a tout prévu, tout préparé. Sur le pan institutionnel, économique, politique, stratégique, militaire, diplomatique, l’Iran a mis en place le meilleur dispositif possible au vu de ses capacités pour subir sans trop de dommages deux guerres en une année. Pour une raison très simple: obsédés par leurs propres fantasmes et obnubilés par leurs propre propagande, les occidentaux n’ont pas pu voir que l’Iran avait profondément changé.
Une première agression américano-israélienne contre l’Iran a débuté le 13 juin 2025. Après des bombardements massifs et une riposte iranienne ferme, un cessez-le-feu a été conclu pour mettre fin à ce qui restera dans l’histoire comme la guerre des douze jours.
Un a jour pour jour après le début de cette première attaque, Téhéran et Washington sont parvenus à un accord pour mettre fin à la seconde guerre d’agression lancée contre l’Iran le 28 février 2026. Et là, force est de constater que c’est l’Iran qui garde la maîtrise. Certes, ce n’est pas une victoire iranienne au sens premier de ce mot, l’Iran ayant souffert et subi beaucoup de dégâts, mais au vu de ses moyens et de ses capacités, Téhéran a réussi à tirer le meilleur de ses ressources pour atteindre l’essentiel de ses objectifs
La folie criminelle israélienne
Face à cet Iran qui s’affirme, s’impose donc l’impuissance américaine qui devient une évidence, mais surtout la folie criminelle israélienne. Celle-ci est devenue si évidente qu’elle révolte même une opinion occidentale traditionnellement acquise.
Ghaza, Cisjordanie, Iran, Liban: Israël ne sait plus rien faire d’autre que la guerre. Détruire Ghaza, coloniser en Cisjordanie et y tuer des Palestiniens, raser des villages entiers au Liban, bombarder l’Iran, après avoir bombardé méthodiquement toutes les installations militaires en Syrie, c’est le nouvel Israël où l’opinion, à l’image des dirigeants, est ouvertement raciste et suprématiste.
Pendant que les experts des plateaux télé se demandent quand et dans quelles conditions le détroit d’Hormuz sera ouvert; pendant que les diplomates échafaudent des hypothèses sur le sort qui sera réservé à l’uranium iranien; pendant que les stratèges tentent de savoir dans quelle mesure la coupe du monde de football et les prochaines élections américaines et israéliennes ont eu un impact décisif pour imposer la fin de la guerre; pendant tout ce temps, un événement majeur se déroule sous nos yeux: l’Israël des pauvres juifs persécutés est mort, et un autre Israël l’a remplacé, un monstre ne vivant que par la guerre et pour la guerre. De l’autre côté, l’Iran des mollahs a virtuellement disparu, laissant place à un pays de scientifiques et d’ingénieurs.
Le monde finira bien par l’admettre: la modernité n’est pas à Tel-Aviv, mais à Téhéran. Quant à Trump, en parler sera bientôt honteux.
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