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Quand l'enquête Mediapart expose Webloc : l'Algérie face au spectre de la surveillance de masse

Quand l'enquête Mediapart expose Webloc : l'Algérie face au spectre de la surveillance de masse


Redha Benyamina 

Ingénieur 


Il est des révélations qui font l'effet d'une décharge électrique dans un monde feutré.

Mediapart vient d'en livrer une, aussi sidérante qu'édifiante. Webloc, un logiciel de surveillance surpuissant développé par Cobwebs Technologies et désormais propriété de l'américain Penlink, permet de géolocaliser des centaines de millions de téléphones à

travers le monde. Cet outil, officiellement réservé aux services de police et de renseignement, a pourtant été proposé en France à des géants du luxe comme LVMH

pour traquer des voleurs dans leurs entrepôts. Le test fut bref, dit-on. Mais la brèche est ouverte. Comment fonctionne cette mécanique infernale ? Webloc n'a pas besoin de

pirater. Il achète les données publicitaires que nos applications collectionnent en continu, un marché gris où l'anonymat est un leurre. Chaque téléphone possède un

identifiant publicitaire unique. En les recoupant, l'outil retrace des années de déplacements : domicile, travail, relations, jusqu'aux confessions de fidélité les plus intimes. À Tucson, aux États-Unis, la police a utilisé Webloc pour identifier un simple voleur de cigarettes en retraçant son téléphone après chaque méfait.


Et si cette technologie atterrissait en Algérie ? Imaginez un haut responsable, engagé dans des négociations ultrasensibles avec des partenaires étrangers. Un concurrent

acquiert l'accès à Webloc. En quelques clics, il cartographie les moindres déplacements : rendez-vous discrets dans des hôtels, rencontres nocturnes avec des conseillers, déplacements à l'étranger pour des discussions secrètes. Chaque mouvement est enregistré, chaque stratégie dévoilée. L'Algérie perd sa main aux négociations. Les

contrats sont raflés. La souveraineté économique est compromise. Webloc permet de coupler plusieurs téléphones pour révéler des relations insoupçonnées. Un haut responsable voit ses déplacements croisés avec ceux de ses collaborateurs, de ses

conseillers, mais aussi avec ceux de ses homologues dans les pays partenaires. Un ennemi cartographie son réseau d'influence : qui, quand, où, combien de fois. Les alliances sont dévoilées. Le pays devient une proie transparente. Pourtant, un pays a anticipé cette menace : la Chine. Face à Webloc et ses semblables,

Pékin a déployé une stratégie en trois piliers qui neutralise ces outils. D'abord, la muraille de données. En imposant la localisation des données sur son territoire et en bloquant les géants américains, la Chine a rendu inopérantes les techniques d'achat de

données publicitaires. Ensuite, l'identité sans identité. La Chine a déployé un système de

"cyberspace ID" qui permet aux citoyens de s'authentifier en ligne sans jamais révéler leurs informations personnelles en clair. Même si Webloc tentait d'acheter des données

chinoises, il ne trouverait que des identifiants anonymes. Enfin, des lois extraterritoriales qui poursuivent les entreprises étrangères violant ses règles, même hors de ses frontières.

L'Algérie peut s'inspirer de ce modèle en construisant une stratégie de résilience numérique. D'abord, imposer que les données des citoyens et des entreprises soient stockées sur le territoire national, coupant l'approvisionnement en données de Webloc.

Ensuite, généraliser un identifiant pseudonyme qui permet de s'authentifier en ligne sans divulguer d'informations personnelles, l'utilisateur restant anonyme aux yeux des services.

Il est urgent d'adopter une loi interdisant formellement l'importation et l'utilisation de ces logiciels de surveillance par le secteur privé. Chaque dirigeant doit comprendre que son téléphone est une balise : désactiver les identifiants publicitaires, refuser les

autorisations de localisation non essentielles, utiliser des VPN, ces gestes simples coupent l'approvisionnement en données. Enfin, investir dans la recherche souveraine pour développer des protocoles de communication anonyme, seuls garants d'une

indépendance numérique. L'heure n'est plus à la passivité. La France a ouvert une boîte de Pandore. L'Algérie peut refermer la boîte avant qu'elle ne s'ouvre sur son sol. La souveraineté numérique n'est pas un luxe. C'est une nécessité.

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