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الخميس، 23 جويلية 2026

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L’AAGP: Le grand bluff marocain? L’analyse sans concession du docteur Geoff porter.

L’AAGP: Le grand bluff marocain? L’analyse sans concession du docteur Geoff porter.


Le Dr Geoff Porter, spécialiste reconnu des questions énergétiques en Afrique du Nord et fin analyste de la région depuis plus de deux décennies, tempère l’enthousiasme suscité par l’annonce du Gazoduc Atlantique Africain (AAGP)

Dans cet entretien, il décrypte les réalités techniques, industrielles et géopolitiques du projet et le compare au Gazoduc Transsaharien (TSGP).


Question: Docteur Porter, en tant que spécialiste du pétrole et du gaz en Afrique du Nord, quel est votre retour sur l’annonce hyper médiatisée de l’AAGP ? Avez-vous pu consulter le texte de l’accord ?


Réponse: L’Accord intergouvernemental relatif au Gazoduc Atlantique Africain, signé lors du Sommet des Chefs d’État et de Gouvernement de la CEDEAO en Sierra Leone le 19 juillet, n’a pas été rendu public.

La CEDEAO s’est contentée d’un communiqué de presse laconique mentionnant la cérémonie de signature, sans aucune précision sur le contenu de l’accord. Les seules informations complémentaires proviennent exclusivement de médias marocains.

Rabat est manifestement très désireux de faire avancer l’image du projet. Pour le Maroc, normaliser l’idée que l’AAGP est réalisable constitue déjà une victoire importante. C’est la logique qui sous-tend cette offensive médiatique soutenue. 


Question: Le Maroc a-t-il l’expertise requise pour mener à bien un projet d’une telle ampleur, un gazoduc de près de 7 000 km ? Les responsables énergétiques marocains ont-ils des antécédents dans ce domaine ?


Réponse: Le Maroc n’a jamais réalisé d’infrastructure d’une telle échelle. Il ne dispose d’aucun antécédent en matière de construction de pipelines pétroliers ou gaziers, encore moins d’un gazoduc sous-marin qui deviendrait le plus long au monde. 

D’une manière plus générale, le pays n’a aucune expérience significative dans l’industrie des hydrocarbures. Les campagnes d’exploration n’ont débouché sur aucune découverte commercialement viable. Aujourd’hui, une seule compagnie internationale reste active au Maroc : Chariot Energy. Toutes les autres ont quitté le pays.

Le terminal GNL et l’usine de regazéification prévus à Nador ont été annulés au début de l’année. La raffinerie de Mohammedia, seule du pays, est à l’arrêt depuis 2015. Quant au Gazoduc Maghreb-Europe, il a été construit par Bechtel et Saipem sous la direction de Sonatrach et Enagás.


Question: En comparant le TSGP et l’AAGP, quelle est selon vous la faisabilité réelle de ces deux projets ?


Réponse: Sur le plan de la complexité et du financement, le TSGP apparaît nettement plus réaliste. Il est plus court, traverse une seule juridiction (le Niger) contre onze pour l’AAGP, reste entièrement terrestre, coûte moins cher et ne nécessite pas de financement externe massif. Surtout, Sonatrach possède l’expertise technique nécessaire à sa construction et il se raccorde directement aux infrastructures d’exportation existantes en Algérie.

Évidemment, la disponibilité du gaz nigérian pose question pour les deux projets. De même, les risques sécuritaires au Niger existent, mais ils peuvent être gérés par une posture sécuritaire renforcée. L’histoire des pipelines dans le monde montre que même lorsqu’ils sont ciblés par des groupes armés, ils peuvent être réparés et remis en service. Le TSGP ne dérogerait pas à cette règle.


Entretien réalisé par Lamine Chikhi

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