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الخميس، 5 فيفري 2026

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Les razzias de Donald Trump

Les razzias de Donald Trump

 

Abed Charef

 

Expert du deal? Non. Donald Trump n’est pas un négociateur hors pair comme il le prétend. Sa méthode, d’une extrême brutalité, c’est plutôt les razzias. S’appuyant sur la supériorité militaire des États-Unis, il commence par porter un grand coup à l’adversaire, frappant très fort, et ensuite amener l’autre à négocier en position de faiblesse, parfois à genoux, espérant obtenir ainsi un maximum de concessions.

La méthode Trump ne s’embarrasse ni de légalité internationale, ni de morale, ni de diplomatie, ni de parole donnée, ni de cohérence. C’est le rapport de forces à l’état brut. En espérant que, à la manière du parrain, il va faire à l’adversaire une offre que celui-ci ne peut refuser. La similitude avec le parrain a d’ailleurs été soulignée par de nombreux analystes.

M. Trump apporte cependant à la méthode du parrain une touche personnelle: il veut humilier ses adversaires, les rabaisser, pour leur faire sentir leur vulnérabilité. Ce n’est que plus tard, lorsque la négociation paraît opportune ou la victoire proche, qu’il change de langage, utilisant parfois un vocabulaire dithyrambique pour flatter son adversaire, qui devient le plus beau, le plus intelligent, le meilleur.

 

Zelensky, premier cobaye

La première grande victime de la méthode Trump a été le président ukrainien Volodymyr Zelensky. Celui-ci a subi la pire humiliation publique d’un chef d’État dans l’histoire, un mois à peine après l’installation de M. Trump à la Maison Blanche.

Habitué à réprimander les dirigeants occidentaux pour le compte desquels il menait une guerre destructrice pour l’Ukraine, M. Zelensky s’est présenté à la Maison Blanche dans le même état d’esprit. Il en est ressorti détruit, lessivé, alors que son pays perdait son principal atout dans la guerre contre la Russie.

A partir de ce moment, unique dans l’histoire de télé-réalité diplomatique, il n’y avait, pour M. Zelensky, plus rien à négocier. Les jeux était faits.

Ce qui ne signifie pas pour autant un succès pour Trump, car un an plus tard, le chef de la Maison Blanche, qui s’était vanté de mettre fin au conflit ukrainien en vingt quatre heures, n’a toujours pas obtenu le moindre accord.

 

De la casse à Caracas

Dans l’agression contre le Venezuela, les choses se sont passées avec la même brutalité. Donald Trump ne se cachait pas. Il a envoyé une immense force militaire imposer un embargo contre le pays, avant de réussir une opération spectaculaire, kidnapper le président Nicolas Maduro.

L’attaque a fait une centaine de morts, un détail qui ne compte pas pour M. Trump. Ce qui est important pour lui, c’est de mettre l’adversaire dans les conditions les plus favorables en vue de l’amener à plier.

Le Venezuela n’a pas les moyens de mener une guerre frontale contre les États-Unis. Caracas va donc essayer de négocier dans des conditions acceptables. Mais concrètement, un mois après l’agression, Trump n’a rien obtenu. Les annonces répétées de négociations n’ont débouché sur rien. Dans l’intervalle, le nouveau pouvoir en place à Caracas s’est donné le temps de se réorganiser, de connaître ses failles, et de se préparer à la prochaine phase.

Mieux: si les sociétés pétrolières américaines reviennent au Venezuela, ce sera au profit de ce pays, qui pourra reprendre l’exploitation de ses énormes réserves avec une levée de fait de l’embargo américain.

L’art de la négociation de M. Trump se révélerait alors dans toutes ses limites. Il s’agit en fait d’une razzia menée par une puissante tribu contre une autre, plus petite, mais sans en tirer réellement profit.

 

L’Europe à genoux

Cette méthode donne toutefois au président américain un sentiment de toute-puissance. Il fait ce qu’il veut, quand il veut, passant outre l’ONU, les accords internationaux et les usages diplomatiques. Il a ainsi mis à genoux l’Europe, en lui imposant de nouvelles règles commerciales et en la contraignant à acheter pour 750 milliards de dollars de produits énergétiques et 100 milliards de dollars d’équipements militaires.

Il est vrai que l’Europe est en situation délicate. La plupart des pays de l’est de l’Union européenne considèrent par exemple que seuls les états-Unis sont en mesure de leur fournir une protection efficace. Déjà fortement dépendants des États-Unis pour leur armement, ils n’ont guère de marge, certains faisant même de la surenchère pour continuer à bénéficier du parapluie américain.

 

Céder face aux puissants

Toutefois, face à des pays résolus à se défendre et capables de le faire, la méthode Trump se révèle totalement inefficace. C’est le cas de la Chine et de la Russie.

Face à Pékin, M. Trump a annoncé en avril 2025 une hausse substantielle des taxes sur les produits chinois importés aux états-Unis. La Chine a répondu par une mesure de réciprocité équivalente. La surenchère risquait de porter les taxes globales entre les deux pays autour de 100%, avec un sérieux risque pour l’économie mondiale. Les négociations ont permis d’aboutir à un accord acceptable pour les deux parties. L’Inde a elle aussi connu un épisode similaire.

Le jeu ne prend pas non plus face à la Russie. A la mi-juillet 2025, le président Trump avait fixé à la Russie un ultimatum de cinquante jours pour mettre fin à la guerre en Ukraine. A-priori, une humiliation pour Moscou. A la fin du même mois, l’ultimatum était réduit à une dizaine de jours, faute de quoi de lourdes sanctions seraient imposées à la Russie.

Deux semaines plus tard, Trump et Poutine se rencontraient en Alaska pour une explication directe. Le chapitre des menaces était clos. Et le monde découvrait que les rodomontades de M. Trump n’étaient que des paroles en l’air.

 

Le cadeau israélien au Maroc

La déclaration de M. Trump de décembre 2020 affirmant que le Sahara Occidental revient au Maroc n’entre pas dans cette méthode. Là, il s’agissait visiblement d’un cadeau israélien fait au Maroc. Trump n’en a été que l’instrument d’exécution.

L’histoire dira s’il s’agissait du résultat d’un lobbying israélien efficace, en rapport avec la famille Trump, ou d’une décision imposée par d’autres moyens, une contrainte liée à l’affaire Epstein, par exemple. Mais la fatwa trumpienne sur le Sahara Occidental n’entrait pas dans une démarche précise, et n’obéissait à un objectif déterminé. Elle a été annoncée en fin de mandat, sans préavis, comme si un personnage aussi glauque que M. Trump pouvait décider du destin d’un pays où il ne se rendra probablement jamais.

 

L’Iran face aux incertitudes

Reste, à travers ces différentes «trumperies», à tenter de comprendre les réelles intentions de M. Trump vis-à-vis de l’Iran, pays vers lequel se dirige une «formidable armada», selon ses propos.

S’agit-il d’une menace déployée pour amener l’Iran à négocier? Négocier quoi en fait?

Y’a-t-il une volonté d’attaquer l’Iran pour l’amener à changer de régime, un objectif absurde, ou mieux encore, y établir la démocratie, ce qui serait encore plus risible ?

Plus sérieusement, les États-Unis ont-ils l’intention de mener une guerre par procuration, au profit d’Israël? Il faut se rappeler qu’Israël, acculé pour ses crimes à Ghaza, s’est lancée dans une aventure périlleuse contre l’Iran en mai 2025. L’intervention de l’armée américaine, qui a bombardé l’Iran, a alors permis à Israël de limiter les dégâts de la riposte iranienne.

La difficulté pour les dirigeants iraniens aujourd’hui est de lire la pensée Trump et de comprendre ses intentions réelles. Et là, force est de constater qu’ils naviguent à vue. Car contrairement aux dirigeants occidentaux traditionnels, qui sont parfaitement lisibles, y compris dans leurs agressions et leurs crimes, Trump garde une part d’incertitude difficile à cerner. C’est peut-être cela sa méthode. Non pas celle deal-maker, mais celle d’un homme qui, sûr de son impunité, joue la vie des autres. Sans la moindre once d’éthique et de morale, comme le montre l’affaire Epstein.

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