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Au Maroc, un immense plan com se fracasse sur un match de foot

Au Maroc, un immense plan com se fracasse sur un match de foot

Abed Charef


L’histoire était belle à raconter. Elle devait faire rêver tout un pays, Un storytelling parfait, comme on en aime dans les films populaires. Celui d’un pays d’Afrique ambitieux, démocratique, moderne, stable, dirigé par un Roi ouvert sur le monde, et promis à intégrer le gotha mondial grâce à ses succès politiques, économiques et sportifs.

Dans ce narratif, le sport devait avoir un rôle important. Le Maroc, premier pays africain à jouer une demi-finale de coupe du monde de football, semblait bien armé pour réussir ce volet. Disposant d’une génération de joueurs de qualité, d’un entraîneur très médiatique et d’un président de fédération devenu maître dans les combines, le pays a joué gros sur le foot. Avec Regragui, meilleur entraîneur africain en 2022, et Achraf Hakimi, ballon d’or, vainqueur de la champion’s league avec le clinquant Paris Saint-Germain, le Maroc semblait sur le point de franchir le barrière ultime.

En organisant la coupe d’Afrique des Nations 2026, il était naturellement destiné à remporter Sa CAN. Aucune autre issue n’était envisagée. Mais la marche triomphale ne devait pas s’arrêter là, car le Maroc visait encore plus haut: c’est en effet, avec l’Espagne et le Portugal, l’un des pays devant héberger la coupe du monde 2030. Pourquoi ne pas avoir une ambition encore plus grande, et espérer récolter les retombées du football 

sur tout le pays?


Jouer en division supérieure

En s’associant au Portugal et à l’Espagne pour abriter la coupe du monde de football, le Maroc envoyait un message clair. Il ne jouait pas dans la même division que ses pairs africains, il était un cran au-dessus. Il lorgnait vers l’Europe à laquelle il voulait s’arrimer, se donnant l’image d’un pays installé presque par erreur sur le continent africain. Le Roi Hassan II n’avait-il pas caressé le rêve d’être admis au sein de l’Union Européenne?

L’économie et l’industrie du Maroc sont présentées comme étant déjà un cran au-dessus? Le pays produit plus d’un demi-million de véhicules par an, il est déjà dans l’industrie des drones et des batteries lithium, il flirte avec l’IA et l’industrie aéronautique, et se prépare à investir les secteurs les plus attractifs.

Le Maroc est aussi un pays stable, accueillant, différent de cette Afrique inhospitalière, proie à une instabilité chronique. Cela lui permet d’accueillir près de vingt millions de touristes par an, essentiellement européens, et d’abriter de grands événements internationaux, allant des réunions chic comme celles du FMI à celles, plus branchées, comme la conférence mondiale sur le climat.


Un tableau idyllique

A côté de cette vision idyllique de l’économie, une habile communication mettait en avant des succès diplomatiques supposés définitifs. Après le président Trump, la France et l’Espagne appuyaient la position marocaine sur le Sahara Occidental. Les jeux sont faits, disaient les marocains. Il ne restait plus qu’à mettre la forme pour clore définitivement ce dossier.

La chose semblait d’autant plus évidente que le Maroc s’est aussi arrimé à Israël, depuis la normalisation dans le cadre des accords d’Abraham. Et pour couper court à toute critique, le Roi Mohamed VI n’est-il pas président du comité Al-Qods?

Comme on le voit, le tableau est presque parfait. Les rares couacs qui pouvaient surgir ça et là étaient couverts par un monde médiatique occidental complaisant, quand il n’est pas acquis, et sur lequel le Maroc a fortement investi, ne lésinant ni sur les méthodes ni sur les moyens.


Le crash

Et puis, un jour de janvier 2026, tout cet édifice s’est fracassé sur un match de foot. Un véritable crash, à cause d’un simple match de foot. Une finale de la Coupe d’Afrique des Nations, une compétition exotique, entre folklore et marchéde jeunes talents, qui a pris une tournure totalement imprévisible.

Toute la machine s’est alors grippée. Plus rien ne fonctionnait. Les pressions de toutes sortes pour favoriser une victoire du Maroc étaient devenues trop évidentes, trop vulgaires, pour êtres tues. Le comportement des marocains envers les concurrents les plus sérieux atteignait un niveau dégradant, avec des sénégalais, futurs finalistes, humiliés.

Il y’avait une telle pression sur l’équipe marocaine elle-même qu’elle était tétanisée. Alors, tout a basculé. L’homme dont on attendait le meilleur est non seulement devenu impuissant, mais il s’est transformé en un vulgaire petit voyou. Le capitaine Achraf Hakimi, supposé guider les siens vers les sommets, est allé chiper la serviette du gardien adverse, convaincu qu’elle contenait un gris-gris qui empêchait les marocains de marquer. Il montrait qu’on pouvait être champion d’Europe, fréquenter les plus riches et les plus puissants, et vivre dans l’archaïsme le plus primaire, croyant à la sorcellerie et au mauvais sort. Des officiels marocains allaient jusqu’à violenter le gardien remplaçant du Sénégal pour s’emparer de la fameuse serviette.

Ultime symbole de cette dégringolade, Brahim Diaz, qui voulait entrer dans l’histoire du foot à la manière de Zidane, échouait lamentablement. Et son équipe s’écroulait dans la foulée.

La réalité, cruelle, reprenait alors le dessus. Tout ce qui était factice sautait désormais aux yeux. Le pays présenté comme moderne se révélait dans tout son archaïsme. L’hystérie qui devait déferler avec la victoire s’est transformée, avec la défaite, en dépit.

Les langues se sont alors déliées. Pour rappeler ce que la communication avait réussi à faire cacher, ou à occulter : des manifestations réclamant plus d’écoles et de structures de santé plutôt que des stades, une pauvreté largement répandue, une corruption qui avait embrassé jusqu’à des députés européens, un flicage systématique qui n’avait pas épargné un chef d’État français en exercice, un Roi absent, un makhzen omniprésent, et un pays qui garde son statut de plus grand producteur au monde cannabis, fournissant près des trois quarts de la consommation européenne.


C’est le Maroc, le vrai.

Un Maroc qui ne se lasse pourtant jamais.

Une semaine à peine après cet épisode, la com a déjà repris le dessus pour tenter de passer outre le réel et d’effacer l’affront. Mohamed VI, présenté il y’a peu comme un roi visionnaire, annonce qu’il a été convié à intégrer un conseil pour la paix lancé par Donald Trump, une sorte d’organisme chic supposé régler les crises mondiales.

Billet d’entrée dans ce club: un milliard de dollars. Au risque de tout perdre à cause d’un penalty raté.

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