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Alger, tremplin ou branche pourrie pour les ambassadeurs de France?

Alger, tremplin ou branche pourrie pour les ambassadeurs de France?

 

Abed Charef

 

L’ambassadeur de France en titre, Stéphane Romatet, est-il persona non grata en Algérie? Officiellement non. Il n’y a eu aucun texte, aucun communiqué officiel algérien portant cette mesure extrême. Déclarer un diplomate persona non-grata, un ambassadeur de surcroît, est en effet une mesure hautement sensible, obéissant à des règles étroitement codifiées par les conventions internationales. Rien n’a été publié en ce sens.

Mais l’information a été suffisamment colportée, sans qu’il y’ait démenti officiel, pour que le diplomate français sente bien que son retour à Alger serait déplacé. En l’état actuel des relations entre les deux pays, il semble d’ailleurs que la présence d’un ambassadeur de France à Alger, M. Romatet ou un autre, est superflue, du moins jusqu’à la présidentielle française de 2027.

D’ici là, M. Romatet sera contraint à un rôle inédit: gérer une relation avec un pays où il n’est pas sûr de revenir. Un pays qui a, en outre, constitué une étape importante, voire majeure, dans la carrière de ses quatre prédécesseurs.

 

Un moment délicat

Nommé en juillet 2023, rappelé par le gouvernement français en avril 2025, en pleine crise entre les deux pays, M. Romatet aura ainsi exercé deux années, sans arriver à donner une orientation quelconque aux relations bilatérales. Pouvait-il en être autrement? Ces relations ont été fracassées par la décision prise durant l’été 2024 par le président Emmanuel Macron, qui a validé la position marocaine sur le Sahara Occidental. M. Romatet ne semblait pas avoir son mot à dire. Il n’y pouvait strictement rien.

Avec si peu de marge, M. Romatet jouait serré. Sa planche de salut, c’était de s’accrocher strictement à sa mission première, celle de défendre les intérêts de son pays, ce qui était à la fois légitime et de bonne guerre. C’est ce qu’il a tenté de faire pendant une année, martelant, à chaque occasion, les priorités de son pays en Algérie. Il s’agissait, selon lui, d’«exigences» d’une «nécessité absolue et impérative» : la reprise de la coopération sécuritaire et le rapatriement en Algérie des personnes sous OQTF.

 

Chantage économique

M. Romatet est même allé plus loin. Il a clairement dit que la France s’opposerait à une révision de l’accord d’association entre l’Algérie et l’Union européenne si l’Algérie ne levait pas les restrictions imposées aux entreprises françaises. Sans ce préalable, «Il est évident qu’on ne peut pas aujourd’hui renégocier cet accord», a-t-il dit, insistant sur «les gestes qui sont attendus de la part des autorités algériennes».

Tout ceci, y compris le chantage économique, relevait de l’exercice diplomatique traditionnel, un jeu dans lequel excellent les diplomates professionnels. Mais dans la foulée, M. Romanet s’est apparemment laissé aller à un autre exercice, qui tranche avec son métier de base. Il a participé à un documentaire d’un contenu affligeant, que les autorités algériennes n’ont pas apprécié: on y voit un influenceur algérien exilé en France, M. Amir Boukhors, alias Amir Dz, condamné par contumace, utiliser un vocabulaire ordurier pour parler de dirigeants algériens. Suffisant, apparemment, pour mettre fin a la mission de M. Romatet en Algérie.

 

Driencourt, le contre-modèle

Malgré ces propos déplacés, M. Romatet a toutefois fait preuve de beaucoup plus de réserve que Xavier Driencourt, l’homme qui a réussi à se faire une réputation en menant campagne contre l’Algérie, après y voir été longtemps ambassadeur. Paradoxe, M. Driencourt est le seul ambassadeur français à avoir effectué deux «mandats» en Algérie, de 2008 à 2012 puis 2017 à 2020.

Une fidélité due à un attachement au pays, où il était en poste pendant le hirak ? Visiblement non, car depuis son départ, M. Driencourt mène campagne pour des sanctions contre l’Algérie et pour l’abrogation de certains accords bilatéraux. Y compris quand ce qu’il prône se révèle complètement incongru. Le ministre français des affaires étrangères Jean-Noël Barrot l’a ridiculisé à ce sujet.

 

François Gouyette «l’Algérois»

Autrement plus intéressants sont les propos de M. François Gouyette, ambassadeur à Alger entre 2020 et 2023, et qui révèle comment Emmanuel Macron a tenté de développer une approche très particulière envers l’Algérie. A en croire M. Gouyette, Macron a tenté d’établir une relation personnelle avec le président Abdelmadjid Tebboune, pour contourner la muraille qui fait traditionnellement la diplomatie algérienne, la muraille bureaucratique et sécuritaire.

M. Macron avait «l’ambition» de «nouer une relation véritablement personnelle, forte» avec le président Tebboune qui, selon M. Gouyette, «n’était pas foncièrement hostile à la France ». Ce qui en faisait «l’homme qui ferait un bout de chemin avec la France», d’où l’intérêt de «nouer une relation personnelle» pour arriver, au niveau officiel, à «bâtir une relation plus stable».

M. Macron n’ a pas lésiné sur les efforts. Il a «consacré beaucoup de temps à s’entretenir avec le président algérien», «y compris la nuit, pour nouer une relation personnelle ». La démarche a toutefois échoué, selon M. Gouyette, pour qui, évidemment, «la responsabilité venait du côté algérien».

 

A contre-courant

Mais M. Gouyette sort du moule diplomatique français traditionnel. Peut-être parce qu’il a vécu dans son enfance à Alger, où son père a été banquier, et où il a joué au foot et chanté du chaabi. De fait, M. Gouyette réfute le discours français classique sur la rente mémorielle. Allant résolument à contre-courant, il affirme que malgré les ressentiments liés au passé, «les Algériens ont, de manière générale, un sentiment d’amitié pour les Français». Il affirme même que «les gens sont frappés par la très grande chaleur de l’accueil que leur réservent les Algériens». Selon lui, «en règle générale, un Français est accueilli avec chaleur en Algérie».

Mais passé ce moment d’émotion, le professionnel reprend le dessus chez M. Gouyette, qui débite lui aussi, de manière très professionnelle, le discours du Quai d’Orsay sur l’Algérie. Pour M. Gouyette, il est «très difficile d’envisager une reprise sérieuse» des relations bilatérales «sans que les conditions ne soient réunies ».

Quelles sont ces conditions?

L’affaire Gleizes, ce journaliste français condamné à sept ans de prison en Algérie; les OQTF, ces ressortissants algériens que la France souhaite expulser; et enfin, la loi algérienne sur la criminalisation du colonialisme.

Que valent ces arguments? Pour Christophe Gleizes, M. Gouyette souhaite «un règlement aussi rapide que possible, et satisfaisant». Il ne dénonce pas, il ne condamne pas, il demande un geste, un peu à l’image de ce qui a été fait avec Boualem Sansal; un geste envisageable, non à cause des pressions françaises, mais parce que c’est un sujet encombrant pour l’Algérie, qui aurait intérêt à clore cette affaire.

Pour les OQTF, la partie algérienne reste intraitable. Ce sera au cas par cas. Le rôle des consulats d’Algérie est de défendre les intérêts des ressortissants algériens, non de délivrer des laisser-passer à chaque demande de l’administration française.

Quant à la loi sur la criminalisation du colonialisme, le coup est parti. Le texte peut être revu, pour être éventuellement dépouillé de certaines dispositions inutiles ou encombrantes, mais il faudra visiblement faire avec. Abandonner cette loi ou l’abroger est un exercice périlleux, sinon impossible.

 

Hommes de pouvoir

L’adoption de cette loi confirme, aux yeux de M. Driencourt, que l’Algérie vit de la rente mémorielle. A force de le répéter, les français, officiels, médias et faiseurs d’opinion, ont fini par y croire.

Deux anciens ambassadeurs français en Algérie n’ont pourtant jamais évoqué publiquement cette question: Bernard Bajolet et Bernard Emié. Pourtant, ils se sont souvent exprimés sur les relations bilatérales. M. Bernard Emié était même un invité de marque de la chaîne «arabo-islamo-baathiste» Echorouk.

Particularité de ces deux ambassadeurs qui ont fait preuve de tant de retenue? Ils ont tous les deux été promus plus tard pour occuper le poste de patron des services spéciaux français, un centre de véritable pouvoir. Ce qui confirme que les diplomates qui font le plus de bruit ne sont pas ceux qui détiennent un vrai pouvoir.

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