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CAN 2026 : l’échec monumental du Makhzen

CAN 2026 : l’échec monumental du Makhzen

أخبار

2026-01-24


Ahmed Abdelkrim


Au commencement, tout semblait parfaitement maîtrisé.

Des sourires protocolaires, des bouquets de fleurs à l’aéroport, des discours soigneusement calibrés sur l’hospitalité africaine retrouvée. La Coupe d’Afrique des Nations 2026, organisée au Maroc, se voulait une vitrine : celle d’un pays moderne, ouvert, pivot du continent et parfaitement maître de sa communication.

Les premières images diffusées par les chaînes internationales validaient le scénario. Une mise en scène soignée, un storytelling huilé, une diplomatie du sourire. Mais très vite, au fil des matchs, la narration officielle a commencé à se fissurer.


Quand la communication ne suffit plus à masquer le réel

La CAN n’est pas seulement un événement sportif ; c’est aussi un instrument de soft power. Le makhzen a misé sur une stratégie bien connue : contrôler l’image pour contrôler le récit. Or, lorsqu’une communication se coupe du terrain, elle devient fragile, voire dangereuse.

À mesure que la compétition avançait, des signaux faibles ont émergé. Des délégations ont évoqué des conditions d’hébergement indignes d’un tournoi continental. D’autres ont dénoncé un climat de plus en plus hostile dans certains stades, où le chauvinisme sportif basculait vers une animosité assumée.

Les sélections du Congo, du Nigeria ou du Sénégal ont exprimé un malaise dépassant les simples considérations logistiques. Progressivement, la CAN cessait d’être une fête panafricaine pour devenir un espace de tensions mal maîtrisées.


La finale comme point de rupture

C’est lors de la finale opposant le pays hôte au Sénégal que la mécanique s’est définitivement grippée. Alors que la communication officielle appelait à « la fraternité africaine », les images racontaient une tout autre histoire.

Des supporters sénégalais, venus soutenir leur équipe dans un esprit festif, ont été pris à partie par des forces de sécurité excessivement zélées. Des heurts, des blessés, des hospitalisations évoquées à Rabat dans un silence pesant. Le décalage entre le discours institutionnel et la réalité perçue devenait impossible à dissimuler.

La conférence de presse du sélectionneur sénégalais, habituellement ritualisée, s’est transformée en scène de tension. Des journalistes sénégalais ont été chahutés, intimidés, voire expulsés par des confrères locaux, dans un climat indigne d’un événement international.


L’affaire des ballons : quand l’accusation se retourne contre son auteur

C’est pourtant un épisode apparemment secondaire qui a achevé de fragiliser le récit officiel.

Des accusations publiques ont été formulées contre le staff de l’équipe algérienne, accusé de voler des ballons d’entraînement. Une tentative classique de diversion, visant à déplacer l’attention et à installer le soupçon.

Mais cette stratégie s’est retournée contre ses instigateurs.

Les vidéos des voleurs de serviettes ont rapidement circulé sur les réseaux sociaux, mettant en évidence l’existence d’une stratégie organisée de vol — notamment de serviettes et d’équipements — décidée à un niveau élevé de l’organisation.

La toile s’est alors emparée de l’affaire. En quelques heures, les accusations initiales se sont effondrées, remplacées par une avalanche de preuves, puis par une prolifération de mèmes ridiculisant le Makhzen, son équipe nationale et ses méthodes de manipulation.

Ce qui devait être une opération de communication s’est transformé en humiliation virale : « le Marocain voleur de serviettes » est devenu la dernière tendance humoristique sur TikTok, Facebook et Instagram.


Malaise médiatique et silence institutionnel

Dans ce contexte déjà délétère, la mort de deux journalistes africains enquêtant sur des dossiers sensibles liés à l’arbitrage et à des soupçons de corruption a jeté une ombre durable sur la compétition. Les circonstances, jamais éclaircies, ont nourri rumeurs et inquiétudes.

Face à cette accumulation de crises, la communication officielle a choisi le silence. Une erreur stratégique classique : le mutisme, dans ces situations, est rarement interprété comme de la retenue, mais comme un aveu ou un mépris.

Sur les réseaux sociaux, l’espace laissé vacant a été occupé par les pires dérives : propos racistes, discours de rejet, rhétorique ouvertement hostile à « l’Africain ». Une contradiction flagrante pour un pays se revendiquant « pilier du panafricanisme ».

Un parlementaire marocain ira jusqu’à déclarer :

« Notre équipe ne devrait plus jouer en Afrique. Nous n’avons rien à voir avec ce continent. La preuve, c’est cette Coupe d’Afrique. Notre avenir est en Europe. »

Une phrase révélatrice d’un imaginaire de séparation, bien plus que d’un projet continental.


L’épisode Speed : le révélateur inattendu

C’est finalement un acteur extérieur au football qui a cristallisé ce malaise. L’influenceur Speed, invité au Maroc, a documenté un environnement perçu comme froid et distant. Une séquence filmée montrant un jeune proférant des cris de singe a rapidement fait le tour des réseaux sociaux, provoquant une onde de choc bien au-delà du cadre sportif.

Là encore, ce n’est pas tant l’incident que l’absence de réaction claire, ferme et assumée qui a choqué.


Quand le récit se retourne contre son auteur

Cette CAN n’aura pas été un échec sportif. Elle restera, en revanche, comme un fiasco communicationnel.

Elle rappelle une vérité fondamentale : on ne décrète pas l’hospitalité, on ne scénarise pas la fraternité et, surtout, on ne maîtrise pas indéfiniment le réel par le récit.

Le sport, lorsqu’il est instrumentalisé, agit comme un révélateur brutal. Il amplifie les tensions, expose les incohérences et met à nu l’écart entre les discours et les pratiques.

La CAN 2026 ne restera pas dans les mémoires pour ses exploits sportifs, mais comme un cas d’école : celui d’un événement où la communication, pensée comme une arme, s’est retournée contre ceux qui la brandissaient.

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