anep-logo-new

الأحد، 1 فيفري 2026

  • Logo of instagram
  • Logo of facebook
  • Logo of youtube
  • Logo of tiktok

Algérie-Venezuela, un parallèle inadapté et dangereux

Algérie-Venezuela, un parallèle inadapté et dangereux

 

Abed Charef

 

Noureddine Boukrouh n’y va pas par quatre chemins. Selon lui, l’Algérie pourrait être sur les traces du Venezuela. Dans un texte publié le 3 janvier, dans la foulée du bombardement du Venezuela par l’armée américaine et de l’enlèvement du président Nicolas Maduro, M. Boukrouh utilise, certes, la forme interrogative, mais il suggère fortement qu’Alger emprunte le même chemin que Caracas.

Son argumentaire est connu. Les deux pays seraient des frères siamois. Ils «développent un discours anti-impérialiste de pure forme, se revendiquent de valeurs révolutionnaires qui n’engagent à rien, et exercent un pouvoir autoritaire qu’ils s’efforcent de dissimuler derrière un discours populiste et souverainiste. En réalité, il n’a pour but que d’étouffer les libertés publiques et les droits de l’homme», ajoute-t-il.

C’est clair, c’est net, c’est tranché. Adoptant une posture d’opposant radical, M. Boukrouh invite, en conséquence, les dirigeants algériens à changer de cap. Ses propos prennent l’allure d’une injonction. «Les calculs que peut avoir fait l’Algérie pour 2026 doivent être revus, ainsi que le logiciel qui les produit. Sans délais», écrit celui qui a été ancien chef de parti, ancien ministre, ancien candidat à la présidentielle, et surtout, un homme qui se présente comme un agitateur d’idées.

Pourtant, une fois encore, le «catastrophisme éclairé» de M. Boukrouh est déplacé.

 

Le discours des influenceurs marocains

En fait, dans ses propos, M. Boukrouh rejoint tout simplement ce que répètent à longueur de journée les influenceurs marocains. Ceux-ci ont multiplié, sur les réseaux sociaux, des publications de tous genres suggérant que l’Algérie serait, au même titre que l’Iran, la Colombie et Cuba, une des prochaines cibles des États-Unis. Le sérieux Middleeasteye note ainsi qu’après l’attaque contre le Venezuela, les marocains «se sont réjouis des effets négatifs potentiels sur l'Algérie, prédisant son isolement croissant sur la scène internationale et même son probable ciblage futur par le président américain». Selon MEE, les commentateurs marocains ont «souligné la similitude perçue des régimes politiques des deux États, décrits comme « autoritaires » et « rentiers », deux pays amis partageant une affinité idéologique et une position diplomatique commune». Exactement ce que dit M. Boukrouh.

 

Une relation apaisée ?

Mais au fait, que vaut réellement cette menace d’une agression américaine contre l’Algérie, devenue un rêve chez une frange des faiseurs d’opinion marocains?

Concrètement, cette menace n’existe pas. D’abord parce qu’il n’y pas, de la part de l’Algérie, une agressivité particulière envers les États-Unis. Bien au contraire, le discours officiel algérien fait état d’une coopération solide, de relations sereines, malgré les désaccords sur deux questions importantes, la Palestine et le Sahara Occidental. Même dans les pires moments des crimes commis par Israël en Palestine, avec le soutien des États-Unis, les deux pays s’affrontaient au conseil de sécurité, mais poursuivaient des négociations pour la prospection et l’exploitation des hydrocarbures en Algérie.

Pourtant, historiquement, les relations algéro-américaines ont été plutôt limitées, voire froides. La culture politique dominante en Algérie est plutôt hostile aux États-Unis, héritage de longues années d’anti-impérialisme. Fait rare, il n’y a pas, en Algérie, de courant pro-américain significatif.

Mais realpolitik oblige, une cohabitation plutôt apaisée s’est imposée au fil des ans, comme en témoigne l’ancienne ambassadrice des États-Unis à Alger, Élisabeth Aubin, devenue une star des réseaux sociaux et une excellente guide touristique pour le pays.

Mme Aubin a conforté le rapprochement entre les deux pays, en cours depuis de longues années. Il s’est renforcé avec l’affront des BRICS, lorsque, faute d’appui suffisant de la Russie et de la Chine, l’adhésion de l’Algérie a été rejetée.

 

La géographie, ça compte en politique

En outre, contrairement au Venezuela, l’Algérie ne se situe pas dans le pré-carré américain. En relations internationales, la géographie a un sens. Et se trouver en Afrique plutôt que sur le continent américain est déterminant dans la définition des rapports à nouer avec une superpuissance.

Et c’est toujours la géographie qui explique qu’il n’y a pas d’intérêt particulier pour les Américains à rentrer en conflit avec l'Algérie. Washington a discrètement appuyé le mouvement qui a débouché sur l’expulsion des Français du Sahel. Mais les Américains redoutent le vide, qui serait comblé par la Russie, la Chine ou par le chaos. N’ayant pas de prise directe sur la région, ils comptent, pour l’heure, sur une discrète coopération avec l’Algérie, dans le cadre de l’Africom, pour préserver certains équilibres.

A contrario, agresser l’Algérie, c'est risquer de déstabiliser toute l'Afrique du nord et le Sahel, ce qui est un non sens. L’expérience libyenne a montré comment des décisions opportunistes peuvent déboucher sur des engrenages destructeurs.

 

Israel, Maroc

Reste une ultime hypothèse. Celle d’une agression pour le compte d’une partie tierce. C’est ce que les États-Unis ont fait en Iran, pour le compte d’Israël. Le feraient-ils en Algérie?

Une certitude: ils ne le feront pas pour le compte du Maroc. Ce pays n’a pas l’attrait nécessaire pour justifier une guerre d’agression. Il n’a pas l’autonomie de décision nécessaire pour exprimer une volonté propre. C'est à peine un relais. D’abord un relais pour la France, qui a choisi l’option marocaine comme tête de pont en vue de sauver ce qui peut l’être en Afrique; et surtout, un relais pour Israël, le vrai danger.

Les américains pourraient-ils se lancer dans une agression pour le compte d’un bloc Israël-Maroc ? C'est la vraie question.

Dans ce cas, se poserait l’ultime question: le prix à payer. Car l’Algérie a une capacité de résistance et, surtout, une très forte culture de la résistance. C’est un pays qui aspire à exister de manière autonome. Un exercice compliqué dans le monde moderne, mais c’est un choix que certains pays ont fait, d’autres non.

اخبار اخرى