anep-logo-new

الأحد، 1 فيفري 2026

  • Logo of instagram
  • Logo of facebook
  • Logo of youtube
  • Logo of tiktok

L’armée vénézuélienne a fait le bon choix: éviter un choc frontal

L’armée vénézuélienne a fait le bon choix: éviter un choc frontal


Abed Charef

 

L’enlèvement de Nicolas Maduro, chez lui, par l’armée américaine, mardi 3 janvier, a révélé une grave défaillance dans l’appareil militaire et sécuritaire du Venezuela. Le limogeage du chef de la Garde d’honneur présidentielle, le général Javier Marcano Tabata, par la présidente par intérim Delcy Rodriguez, confirme un manquement inquiétant en matière de dispositif de sécurité.

Comment un pays sous pression, menacé par une flotte immense, avec des actes hostiles menés régulièrement dans la région de la part de la plus grande puissance militaire au monde, comment ce pays ne met pas en place un dispositif adéquat pour protéger la vie et la sécurité de son président?

La question restera posée tant que toute la vérité entourant cette agression ne sera pas faite. Mais pour l’heure, c’est la version américaine qui circule. En trois volets.

Le premier, c’est la fanfaronnade du président Donald Trump, affirmant que les États-Unis ont mené le plus grand débarquement depuis la seconde guerre mondiale. Selon lui, les américains ont tout planifié, tout contrôlé, pour mener une opération totalement maîtrisée. Une petite balade couronnée de succès, en somme.

Le second volet, c’est ce qui s’est dit de manière implicite par les américains. L’opération a été présentée comme tellement facile qu’elle supposait une complicité au sein même de l’appareil militaire et sécuritaire vénézuélien. (L’auteur de ces lignes a été pris dans cette version). Ce n’est que plus tard que des informations différentes sont apparues.

Elles font état d’un nombre de morts élevé, au moins 75, probablement plus de cent personnes tuées, parmi lesquels 32 militaires et agents du renseignement cubains, en charge de la protection de M. Maduro. La Havane a officiellement confirmé leur mort.

De son côté, l'armée vénézuélienne a annoncé que 24 officiers de sécurité ont été tués lors de l’agression américaine. Ceci réfute l’idée selon laquelle il n’y a pas eu de résistance, une idée destinée à démoraliser et à démobiliser les membres de l’armée et des services de sécurité du Venezuela.

 

Éviter un choc frontal

Le troisième volet concerne la capacité du Venezuela à résister à l’armée américaine. Nulle, selon le président Trump. A priori, les faits semblent lui donner raison. Mais en réalité, l’appareil militaire et sécuritaire du Venezuela a fait le bon choix de ne pas engager une opposition frontale à l’armée américaine. Le rapport de forces est si déséquilibré qu’un choc de cette nature aurait inutilement provoqué des destructions massives au sein de l’armée du Venezuela. Face aux avions américains, aux missiles, aux hélicoptères, aux satellites d’observation, aux capacités de détection et à la puissance électronique de l’armée américaine, il n’y a pas d’affrontement. Il y’a un risque d’écrasement de l’armée vénézuélienne. C’est un peu la leçon de la première guerre du Golfe lorsque l’armée irakienne, engagée dans un affrontement suicidaire, s’est fait pulvériser en une semaine.

Pour l’armée vénézuélienne, la solution qui s’imposait était donc d’éviter à tout prix de se laisser entraîner dans une guerre classique, menée selon les préférences et les règles américaines, un conflit qui ne pouvait être que meurtrier.

 

Le choix des armes

Faire le dos rond, et attendre. Y compris en subissant quelques pertes. C’était l’option, la seule raisonnable, pour l’armée de Caracas. Car après ces premiers raids, l’enlèvement de Maduro et les déclarations triomphalistes de Donald Trump, que peut faire l’administration américaine? Maintenir un blocus à long terme? Ça peut être coûteux, et se retourner contre elle. C’est ingérable, au plan interne comme sur la scène internationale.

Envoyer de hommes au sol, pour occuper le terrain? C’est une option trop dangereuse pour les américains, car cela signifierait des pertes, des cercueils qui rentrent, des images de la mort, de la guerre, ce que ne supporte l’opinion américaine.

Une occupation du terrain, c’est une confrontation directe avec l’armée locale, sans que la suprématie technologique assure une supériorité décisive. Particulièrement si le pouvoir en place au Venezuela opte délibérément pour une guerre populaire. L’armée vénézuélienne semble préparée à cette éventualité. Elle peut, de plus, compter sur les milices, nombreuses, et probablement sur une solidarité plus affirmée de la population, qui aura tendance, comme tous les peuples du monde, à s’unir contre un envahisseur externe. Une hypothèse inquiétante pour Donald Trump qui a souvent une hostilité marquée envers un engagement direct au combat, préférant les bombardements lointains et l’usage de drones, comme cela s’est fait avec l’Iran.

 

Négocier quoi, avec qui?

Cette équation difficile a mené le chef de la Maison Blanche à opter pour un choix hasardeux. Il espère qu’en mettant Nicolas Maduro hors-jeu, cela peut provoquer une fissure au sein du nouveau pouvoir. Il pourrait alors négocier un accord avantageux avec les successeurs de Maduro. Et dès l’abord, comme à son habitude, il met la barre très haut, pour espérer un accord acceptable.

Il a ainsi suggéré qu’il pourrait s’entendre avec Delcy Rodríguez, l’ancienne vice-présidente qui a été investie pour remplacer le chef de l’État kidnappé. Si elle ne plie pas, la il risque de lui arriver pire que Maduro, a-t-il menacé. Un langage incroyable, à ce niveau de responsabilité.

Mais Delcy Rodríguez est dans la ligne chaviste, potentiellement plus radicale que Maduro, car sa famille est pleinement engagée dans une culture anti-impérialiste prononcée: son père, Jorge Antonio Rodríguez, leader étudiant, avait été torturé et assassiné en 1976, alors qu’elle avait sept ans, et son frère est président de l’Assemblée Nationale.

Objectivement, les nouveaux dirigeants du Venezuela auront intérêt à négocier, au moins pour éviter des destructions massives, peut-être aussi pour préserver leur pouvoir. Mais ils le feront sans perdre la face, ce que ne semble pas leur accorder le président Trump. Celui-ci, agissant en terrain conquis, a en effet déclaré que les Américains vont gérer le Venezuela, avant une transition qui reste à dessiner, et durant laquelle les américains vont « dicter » les décisions, notamment celles sur le pétrole. Caracas ne serait autorisé à acheter que des produits américains avec les recettes pétrolières.

Une telle opposition mène à l’impasse, ce qui, à-priori, rend une escalade inévitable. A moins que Donald Trump n’effectue une nouvelle pirouette, comme il en a pris l’habitude.

اخبار اخرى