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أخبار
2026-01-31

Abed Charef
Rarement un homme a eu une vie aussi dense, sur une aussi longue durée. Mohamed Harbi, décédé le 1er janvier 2026 à l’âge de 92 ans, a tout connu. De l’épopée de la résistance aux cimes du pouvoir, avant de connaître l’abîme, pour se reconstituer ensuite et tenter de conceptualiser cette formidable épopée à laquelle il a participé. Il a côtoyé les plus grands, avant de subir les épreuves les plus dures, pour revenir finalement à sa véritable passion, celle d’un intellectuel critique et d’un historien d’une période essentielle pour le pays.
Issu de la région d’El-Harrouh, au sein d’une famille qui l’a envoyé à l’école puis à l’université, Mohamed Harbi se retrouve, au lendemain de la seconde guerre mondiale, dans une double lutte. Celle du mouvement national radical, incarné par le PPA-MTLD, et celle des courants d’extrême gauche, qui peuplent la vie politique et intellectuelle parisienne, où il poursuit ses études. Dès cette époque, il prend conscience de cette difficulté à concilier deux mondes très différents, une société colonisée appelée à lutter pour exister, et une société développée, moderne, engagée dans des luttes d’une autre nature.
Cette distinction s’imposera à lui plus tard, lorsqu’il mène ses travaux sur le mouvement national, où il relève une cohabitation très complexe. Celle entre, d’un côté, un mouvement d’émancipation affichant des idées très avancées, et, de l’autre côté, une forme d’organisation, de structuration et d’exercice du pouvoir archaïques.
Engagement précoce
Alors qu’un Malek Bennabi, certains libéraux et une frange des Ouléma observent avec dédain cette plèbe qui prend les armes, en 1954, Harbi comprend que ces hommes sont en train de faire l’histoire. Il s’engage pleinement dans la lutte, au sein de la Fédération de France du FLN puis dans l’embryon d’Etat qui se met en place.
Dans le bouillonnement intellectuel des années 1950, où des hommes comme Jean-Paul Sartre ont une grande influence, Harbi joue un rôle important pour attirer la sympathie des courants de gauche vers le FLN. Ce rôle est d’autant plus crucial que la gauche européenne, en premier lieu française, est divisée : les socialistes sont au pouvoir et défendent la colonisation, les communistes hésitent, et l’extrême-gauche se demande ce qui peut sortir de ce mouvement plébéien révolté.
Mohamed Harbi rejoint ensuite le cabinet de Krim Belkacem au ministère des affaires étrangères puis au ministère de la guerre, où il côtoie le célèbre commandant Idir, qui gère le volet militaire. Il vit aussi un bref intermède comme ambassadeur en Guinée, où Sékou Touré fait alors figure d’opposant résolu à la Françafrique qui se met en place.
Au cabinet de Krim Belkacem, Harbi est totalement impliqué dans la préparation des négociations d’Evian, et participe à la première phase. Il assure un rôle important dans la gestion d’un ministère dont le titulaire avait un immense pouvoir, en tant que vice-président du GPRA, ministre des forces armées et chef de la délégation algérienne aux négociations
d’Evian.
La gauche radicale appuie Ben Bella
Une fois les accords d’Evian signés, Mohamed Harbi reprend le rôle qui sied à un intellectuel d’extrême-gauche : celui d’intellectuel organique se préoccupant du volet idéologique. A ce titre, il participe pleinement à la préparation du congrès de Tripoli avant de rejoindre le président Ahmed Bella, dont il devient un des conseillers les plus proches. Ben Bella est alors une idole, applaudi par des courants de gauche du monde entier, particulièrement quand il lance l’autogestion. Des militants de gauche du monde entier sont attirés par l’Algérie, et Ben Bella peut recevoir Che Guevara, séduit par cette expérience unique de gestion collective de l’agriculture et des usines, lancée avec l’autogestion.
Mohamed Harbi veille au lancement de « Révolution africaine », organe central du FLN, où on retrouve des signatures prestigieuses, et il joue un rôle important dans la confection de la Charte d’Alger, en 1964, un texte à l’orientation de gauche prononcée.
Mais à côté de ce bouillonnement intellectuel, s’installe un régime autoritaire, qui exclut des personnalités ayant joué un rôle majeur dans le mouvement national, comme Krim Belkacem, Mohamed Khider, Hocine Aït-Ahmed et Mohamed Boudiaf, tous relégués à l’opposition par Ben Bella. Celui-ci fait le vide, avant d’être destitué.
Prison et exil
Commence alors l’épreuve la plus dure pour Mohamed Harbi. Il s’oppose au coup d’Etat du 19 juin 1965 mené par Houari Boumediene, qui destitue Ahmed Ben Bella et l’emprisonne pour une quinzaine d’années. Harbi, en activiste qui voit une expérience de gestion populaire menacée par un pouvoir militaire, est de tous les combats. Il participe à la tentative de création d’un front d’opposition, en compagnie de Hocine Zahouane notamment. Toutefois, l’Organisation de la Résistance Populaire (ORP), lancée dans la clandestinité, ne mobilise pas grand-monde, en dehors de quelques cercles communistes et de l’extrême-gauche.
Arrêté, torturé, Harbi passe de longues années en prison où, au milieu des rares informations qui lui parviennent, il apprend la mort de Krim Belkacem et celle de Mohamed Khider, tous deux éliminés par le pouvoir de Boumediene.
A l’échec politique de l’expérience Ben Bella, s’ajoute l’épreuve personnelle. Harbi est confronté aux limites et aux contradictions de la pensée politique qu’il défend. La lutte populaire menée sous le commandement d’un encadrement strict exercé par les trois B pendant la guerre de libération a permis de mettre fin au système colonial. A l’inverse, la résistance populaire spontanée, telle qu’imaginée pour faire face au coup d’Etat de Houari Boumediene, est une immense désillusion. La répression est dure, les opposants se taisent, ou s’exilent. La détermination affichée face à l’ordre colonial n’est pas rééditée face à un pouvoir militaire local.
Un intellectuel intransigeant
Des années plus tard, Mohamed Harbi revient sur toutes ces expériences qui mêlaient épopée et drames. Entamant un travail rigoureux d’écriture de l’histoire du mouvement national, il produit une œuvre inégalée, aussi bien par la richesse documentaire, la connaissance personnelle de l’appareil politico-militaire du FLN que par la distance qu’il prend envers les acteurs politiques et sociaux de cette période. Ses deux livres-phare, Aux origines du FLN, et Le FLN, mirage et réalités, sont les incontournables pour comprendre le mouvement national. Il les complète par de nombreux autres écrits plus spécialisés, pour couronner son travail d’écriture par ses mémoires : Une vie debout.
Le travail d’écriture lui permet de confronter sa propre pratique politique aux théories alors en vigueur, celles glorifiant la puissance des peuples alors que les révolutions débouchent souvent sur des situations inattendues, voire des impasses. S’il admet que les peuples font l’histoire, il concède toutefois que la sphère politique dans les pays pauvres se limite « aux appareils politico-militaires ». Il conteste le modèle occidental, sa vision de l’Etat et du développement, mais c’est en homme apaisé qu’il choisit l’exil face à la cruelle réalité des pouvoirs du sud.
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