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Mehdi Ghezzar est-il un otage?

Mehdi Ghezzar est-il un otage?


Abed Charef

 

En l’espace de deux procès, l’Algérie est devenue, aux yeux d’une partie de l’opinion occidentale, un pays de preneurs d’otages. A suivre les déclarations de leaders politiques français, d’intellectuels et de certains opposants, l’Algérie ne serait plus qu’un pays à la dérive, avec un système politique zombie et une justice inexistante, simple appareil au service d’un pouvoir cruel et impitoyable.

Dans l’affaire du journaliste Christophe Gleizes, condamné en appel jeudi 4 décembre à une peine de sept ans de prison, l’éditorialiste du Figaro n’y va pas par quatre chemins. Sa fetwa est sans appel: la condamnation de M. Gleizes est «une odieuse prise en otage», écrit-il. Pourquoi serait-il pris en otage? Il est un «otage des multiple haines et rancœurs du régime algérien».

Dans ces accusations où le mot otage revient abondamment, la partie est encore plus facile pour Paris Match, car c’est Boualem Sansal lui-même qui offre la citation phare sur un plateau. «J’étais un otage du régime algérien, pas un prisonnier», affirme l’ancien haut fonctionnaire. Lui-même dit à d’autres moments avoir été un otage d’une autre nature, «l’otage de la dégradation des relations franco-algériennes».

La revue politique et parlementaire, supposée plus pondérée, écrit des choses similaires: l’écrivain était «otage d’un régime à la dérive», et sa condamnation était une «infamie». Pour elle, le procès de Boualem Sansal, qu’elle considère comme un «homme des lumières», a été une parodie (...) où le verdict était écrit d’avance».

Mais parfois, il faut donner la parole aux experts. Ceux de l’Express sont les meilleurs. Pour eux, c’est la France qui est otage de l’Algérie. Pas plus, pas moins. «Boualem Sansal, Kamel Daoud… ou la "prise d’otage" de Paris par Alger», titre l’hebdomadaire.

 

Consensus

Presse, médias, dirigeants politiques, organisations professionnelles. Tout le monde reprend le même discours. Ainsi, neuf organisations de la presse française se sont unies pour rappeler que «la liberté de la presse ne peut pas être prise en otage». Pour elles, M. Christophe Gleizes «n’a commis aucun crime ».

Pourtant, la loi algérienne, bonne ou mauvaise, énonce autre chose. Elle considère que l’apologie du terrorisme, accusation portée contre M. Gleizes, est un acte criminel.

Peu importe que la loi algérienne soit mauvaise. Et dans le domaine de la presse, elle l’est. Poursuivre un journaliste étranger parce qu’il fait du journalisme sans l’avoir déclaré est absurde. Refuser d’accorder un visa à des journalistes étrangers est une autre hérésie. Mais là, on est sur un autre volet, celui de la gestion de l’image de l’Algérie, ce que le pays n’a jamais su faire.

Sur ce terrain, l’Algérie semble même avoir abdiqué. Elle utilise des moyens désuets alors que son image soit en loques, en se basant sur une maxime selon laquelle seule la vérité compte, et qu’elle finit toujours par triompher. Ce qui n’est pas certain dans les relations internationales modernes.

Le discrédit est tellement fort que même dans les situations où sa position est juste et son attitude honorable, l’Algérie se trouve en difficulté. Elle peine à imposer son point de vue, du fait de l’inexistence et du manque de crédibilité de son système médiatique. 

 Dans l’affaire Gleizes, les retombées risquent d’être amères. Si, pour le cas Sansal, l’opinion algérienne était largement en accord avec les autorités, celui de Christophe sera plus difficile à gérer. «Le journaliste innocent dans les geôles d’une dictature alors qu’il n’a fait que son métier, car le journalisme n’est pas un crime», c’est une image difficile à effacer.

D’autant plus difficile qu’une version du personnage Gleizes, discrètement suggérée, n’a pas pris. En effet, une version diffuse, implicite, circule, sans être officiellement assumée. Celle de liens supposés entre Christophe Gleizes et la DGSE, les services spéciaux français. Elle revient souvent dans les réseaux sociaux, mais seul le site Algérie Patriotique en a ouvertement parlé.

L’article d’Algérie Patriotique traduit en fait la vision d’un pouvoir algérien soupçonneux, se méfiant de tout et de tous, voyant la fameuse main de l’étranger dans tout acte hors contrôle. Une vieille tradition algérienne, née dans le contexte de la guerre de libération, prolongée à cause d’un environnement longtemps hostile, mais servant aussi, selon l’opposition, de couverture pour un pouvoir ne supportant pas la contestation.

En réalité, qualifier Christophe Gleizes d’otage ou d’agent n’est pas lié à des informations précises. C’est d’abord lié à une opinion politique. Selon qu’on soit dans un camp ou dans un autre, on décide s’il est otage ou pas. Tout comme pour Mehdi Ghezzar. Ce sera amusant de suivre si ceux qui ont parlé d’otage pour M. Christophe Gleizes utiliseront les mêmes mots pour Mehdi Ghezar, journaliste, chroniqueur et grande gueule, aujourd’hui fiché et bientôt objet d’une OQTF?

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